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Éditions Trajectoire

NANCY ÉMOI

Texte écrit par :

Franck-Luc DANCELME

Photos :

Patrick MARX

Le soleil me va bien. Il me rend belle et attirante, vibrante.

La nuit maligne me fait briller, scintiller de mille feux. La Lune complice en est témoin: éclats des ors de mes parures et des néons multicolores.

Quant à la pluie, dégoulinante, j'aime la sentir au creux des reins de mes statues, dans les ruelles et les rigoles environnantes.

Matin et soir on me regarde, on me visite, et l'on me flashe.

Ô! combien de regards, depuis des siècles, ont-ils glissés sur mes façades?

Regard d'enfant ou bien d'adulte, visiteur d'art ou amoureux, gens de la ville ou étranger. Regard furtif de l'homme pressé, regard gourmand de l'initié, regards curieux avides de connaissance. Et puis celui, indifférent, de ceux qui passent au quotidien.

Je ressent les joies et les peines de chacun, fidèle gardienne des secrets que l'on vient me confier. J'apporte réconfort, évasion et secours à qui me le demandent.

On m' a photographiée, écrite ou bien croquée, montrant souvent le même visage de moi. Non pas que cela me déplaise, non, mais j'aimerais cette fois un peu plus de magie, mystère et émotion.

Alors, si vous avez le temps, suivez-moi au détour d'une page, d'une phrase, d'une image.

Le cliché n'en sera plus un, la photo sera beaucoup plus que souvenir, les souvenirs sans transition de temps et de culture.

Laissez-moi me dévoiler, me mettre à nu, en toute pudeur. Mon souffle est celui de ceux qui m'animent chaque jour. Je les vois vivre depuis des siècles, de génération en génération, dans leur évolution, apportant chaque fois leur savoir et leur art, afin de me grandir, me rendre plus belle et plus moderne, respectant mon passé, conscient de sa valeur dans la sueur laissée au cours des ans.

Nés sur mes hauteurs ou en mon cœur, venus d'ailleurs, visiteurs passagers, tous ressentent mon âme tellurique.

Ensemble, découvrons l'aventure urbaine intemporelle, vous, et moi.

Émoi de mes pierres, ressenti au fil des siècles, détenant les secrets de l'Histoire.

Ah! je me présente, je suis maisons et monuments, cité des Ducs, ville de Lorraine.

Je me suis appelé "Nanciaco", "Nanciacum Castrum", et puis... NANCY.

Il est vrai, nous aurions pu commencer par: "Il était une fois...", mais c'eût été trop facile.

La villa "Les Glycines" était plus belle que jamais sous le soleil radieux de l'été. Face à elle, hypnotisé par les courbes représentatives de mon École, il méditait.

Je sais , vous allez dire que toutes les villes ont des écoles, je vous l'accorde. Mais moi, j'ai mon Ecole.

Cette École de Nancy est née à la fin du XIXème, évoquant aujourd'hui des noms célèbres dans le monde entier, dont les oeuvres se vendent à prix d'or: Gallé, Daum, Majorelle, Vallin, Prouvé, Gruber et bien d'autres disciples qui ont assuré la pérennité à cet art nouveau.

Face à cette villa "Les Glycines" une grande chaleur me parcourut, émanant de ce fils qui m'avait quitté il y a prés de trente années. Je décidais de le suivre, au fil des artères dans lesquelles la circulation se faisait avec la plus grande fluidité. Après un bref pèlerinage rue Félix Faure, où il avait grandi, nous nous retrouvâmes face à Nancy Thermal.

Nancy Thermal : ses bains chauds, son eau curative, à quelques enjambées du parc Sainte Marie et de l'immense piscine d'été.

Il pénétra au 36 de la rue du Sergent Blandan, dans le sanctuaire de l'École de Nancy, des images plein la tête. C'est en la tournant, qu'il croisa le regard d'un noble vieillard à la crinière blanche, télescopant ses souvenirs, tant il ressemblait à ce grand-père avec lequel il partait des journées entières à ma découverte.

- Vous vous intéressez à l'Art Nouveau, jeune homme? interrogea l'aîné

- Entre autre. Mais je viens de redécouvrir Nancy, après tant d'années. C'est Nancy et ses secrets qui m'intéresse avant toute chose. Vous savez, on dit souvent que l'on revient un jour ou l'autre à ses origines. C'est, me semble-t-il, certainement ce qu'il m'arrive aujourd'hui. Je voudrais me fondre en Elle, voir ce que ses statues ont pu voir au fil des siècles, sentir par tous les pores de ses pierres les vibrations d'hier et d'aujourd'hui.

Le vieil homme au regard limpide lui sourit tendrement, plein de compréhension. Il avait enseigné toute sa vie, véhiculant son savoir d'année en année, instituteur de l'École Charlemagne, voisine du Sacré-cœur.

Il entraîna son nouvel élève dans une pièce voisine:

- Émile Gallé disait: " Nos racines sont au fond des bois." Son oeuvre, celle de ses disciples et compagnons, puisait sa source dans la nature. Ils modelèrent, forgèrent, sculptèrent et bâtirent, travaillant le bois, le fer, la pierre, le verre, utilisant les courbes aux allures florales et majestueuses, marquant à jamais une époque de leur art, intimement lié de part le monde à cette ville. Gallé avait raison en évoquant nos racines. Nancy a bien ses origines au fond des bois.

Ils s'arrêtèrent un instant, admirant en silence une des oeuvres maîtresses d'Eugène Vallin, une salle à manger entièrement sculpté, digne représentation de ses propos.

Il reprit, heureux de l'intérêt et de l'attention qu'il suscitait :

- D'aucuns diront que Nancy n' a pas de préhistoire, et qu'une courte histoire, mais quelle Histoire! Imaginez un immense marécage, cerné de forêts. Ces lieux sont aux demeurant peu accueillants, et c'est peut-être pour cette raison que d'antiques civilisations n'ont pas daignées s'y établir, campant de-ci de-là à la quête d'endroits plus cléments. Cependant des pierres polies, des bijoux de bronze et des tessons de poterie gallo-romaine ont été mis à jour. Mieux, on découvrit une pièce d'or dans un cimetière Mérovingien sur laquelle était inscrit "Nanciaco". Mais c'est bien plus tard qu'un bourg à la destinée fulgurante fut construit.

Le bruit déchirant d'une sirène brisa la magie de l'instant, ramenant brutalement ces deux hommes à une autre réalité.

Contemplatifs, ils continuèrent la visite du Musée.

C'est vrai, je n'étais qu'un bourg marécageux, mais aujourd'hui, en toute modestie, je suis sans aucun doute la capitale de la Lorraine, carrefour des arts et technologies au cœur de l'Europe. A l'aube de l'an 2000, je suis une ville moderne de deux cent cinquante mille âmes dans mon agglomération, sereine, où il fait bon vivre.

Construite au fil des ans avec intelligence, le mariage de mes architectures est harmonieux, vieille ville et ville nouvelle vont bien ensemble, et j'en suis fière.

Les couleurs ont fleuri dans les rues commerçantes, démystifiant la légende. Les villes de Lorraine ne sont pas grises et tristes. Volets et devantures colorés, murs peints et graffitis bigarrés, étals de maraîchers aux multiples nuances sont là pour le prouver D'ailleurs, Jacques Callot, un de mes fils célèbres, graveur renommé, témoin de son époque au début 1700 veille, prés de la maison où il est né, sur la rue des Maréchaux, aux stores grand teint des restaurants, rendez-vous des gastronomes de la région et berceau de la famille de Victor Hugo.

- Je dois partir, fit le vieil instituteur à son nouvel ami. Je vous conseille toutefois de passer à la Chambre de Commerce admirer les vitraux Art Nouveau de Jacques Gruber, c'est un témoignage de son époque fascinant. Toutefois vous devez absolument les voir de l'intérieur, c'est ainsi qu'ils prennent leur véritable dimension.

Tous deux se regardèrent un long moment dans un silence complice et chaleureux, puis confièrent au destin le fait de se revoir un jour.

L'aïeul sortit du Musée.

L'accompagnant, je laissais à sa méditation celui qui venait de me reconnaître.

Tranquillement nous arrivâmes , après avoir traversé la ville, Place Stanislas, sur laquelle règne imperturbable, le doigt tendu, sans jamais fatiguer, le roi de Pologne déchu, seigneur des duchés de Lorraine, Stanislas Leszczynski.

Le "bienfaiteur de la Lorraine" trône sur le piédestal du roi Louis XV, son gendre , à qui il avait dédié cette place, construite par un élève de Boffrand, Emmanuel Héré, un autre de mes illustres fils, créateur de la Place d'Alliance où règne la Fontaine de Cyfflé qui, la nuit venue, s'illumine fantasmagoriquement, portant aux nues un ange équilibriste et musicien.

L'instituteur s'arrêta un instant, amusé par le manége des touristes, mitraillant de leur appareil photo, dans des contorsions invraisemblables, architecture et bas-relief .

Ils viennent de tous pays me voir dans mon plus bel habit. Les grilles noires et or de Jean Lamour sont mes plus beaux bijoux, et gare à celui qui voudrait me les dérober, Amphitrite séduit quand Neptune la protége du haut de sa fontaine, son trident menaçant.

Sarabande de rinceaux, coqs et fleurs de lis, feuillage doré, courbes et contre-courbes, broderies fantasques de ferronnerie élégantes et légères font de moi la" Ville aux portes d'or".

La Place "Stan" a mille facettes, mille visages, le jour comme la nuit. La fête est sa maîtresse, les explosions de joie font écho à celles des feux qui embrasent le firmament d'un manteau d'artifice. Mais d'artifice point dans la beauté des pierres qui nous entourent. Place des exploits insensés: funambule naviguant entre ciel et terre, lasers aux visions éphémères.

Un carillon, au loin, sonna midi, et c'est avec plaisir que le vieil homme retrouva l'ombre des arbres de la pépinière. Il s'installa sur un banc, face au vieux kiosque à musique, aux lanternes magiques, même si la grosse qui la chapeaute refuse obstinément de s'allumer. A ses côtés, deux amoureux se bécotaient. Aussitôt, il se mit à chanter un air connu de Georges Brassens:

- Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics, bancs publics bancs publics, la la la la .....

Le couple se détourna, le regardant. Ils se sourirent mutuellement et chacun retourna, sans appréhension, à leur dernière occupation.

Les yeux fermés, il continuait à fredonner, le cœur et l'âme emplis de bonheur, humant les multiples odeurs de fleurs et de verdure émanant de la Pépinière qui, depuis des générations, était devenue un lieu de promenade dominicale, de rencontres et de méditation, bien qu' à l'origine elle fût créée par Stanislas afin de fournir des arbres pour le bord des routes.

- Hé, mais vous ne pouvez pas faire attention!

Notre instituteur, s'étant laissé entraîner dans une douce somnolence, fut réveillé brutalement par le choc d'un ballon sur sa tête.

- Excusez-moi Monsieur, j'la pas fait exprès. Deux autres frimousses blondes rejoignirent immédiatement celle du coupable.

- Ce n'est pas grave petit, dit-il gentiment, mais essayez d'être plus attentif la prochaine fois, ce n'est pas la place qui manque ici.

- Allons les enfants, arrêtez d'embêter le monsieur. D'ailleurs, il est temps de partir.

- Oh non! maman pas tout de suite, s'écrièrent les trois têtes blondes en même temps, on commençait tout juste à s'amuser.

- Allez ouste! dites au revoir au monsieur et en avant, mauvaise troupe.

Le ton de la mère était autoritaire mais pas sévère.

Je suivis donc cette petite famille, sur la pointe des pieds, afin de ne pas réveiller le vieil instituteur qui de nouveau se laissa glisser dans une douce béatitude. Je le laissais à sa retraite paisible et la fraîcheur du parc.

Place de la Carrière, les enfants s'arrêtèrent à une fontaine pour se rafraîchir, le soleil ayant ouvert toutes ses fenêtres aux rayons chaleureux.

Les trois blondinets se désaltéraient, surplombés par deux angelots joufflus et mutins.

Ah! s'ils pouvaient parler ceux-là, ils en auraient des choses à vous raconter. Toutes celles qu'ils ont vu et entendu depuis le jour où aux quatre coins de la Place de la Carrière ils se sont installés, remplaçant les lices de bois. C'était au moment de mon lifting en 1781. Les façades XVIIIème effacèrent celles, lézardées, du XVIème.

En fermant les yeux , on pourrait entendre les cris du peuple, dans la poussière, encourageant les vaillants chevaliers lorrains au cours des tournois festifs organisés par les ducs. Rien à voir avec la douce quiétude d'aujourd'hui, les tilleuls enfermant dans leur âme les souvenirs d'antan. Au bout de la Place de la Carrière, vers le Palais du Gouvernement, là même où Joffre installa son état-major en 1914, la petite famille tourna à gauche vers l'église Saint- Epvre.

Au premier coup d'œil, on jugerait que ce somptueux édifice date du XIVème siècle, mais en vérité, cette construction néo-gothique due à l'architecte Morey et à la volonté de Monseigneur Trouillet, fut construite au XIXème.

Quelques gargouilles vigilantes observent avec amusement le manége des visiteurs venus nombreux, cet après-midi, admirer les vitraux et les myriades de flèches architecturales qui se dressent vers le ciel, changeantes et mouvantes selon l'humeur du temps.

Religieux ou athées, pratiquants ou visiteurs, nul ne peut rester indifférent devant la beauté de ces édifices de prières.

Et ce ne sont pas ceux qui me manquent. Ils jalonnent l'Histoire de leurs histoires.

L'église Saint Sébastien et sa façade baroque, l'église Saint Pierre pastiche du gothique, l'église des Cordeliers construite par René II à côté du Palais Ducal pour commémorer sa victoire sur le Bourguignon, Charles le Téméraire.

Dans cette église, les funérailles des Ducs étaient grandioses, je vous l'assure.

Avant de les inhumer, on louait la gloire de leur règne dans des cérémonies somptueuses et solennelles, durant parfois plus de deux mois.

D'ailleurs à l'époque l'on disait: "Les trois plus belles cérémonies que l'on puisse voir au monde sont le couronnement d'un empereur d'Allemagne, le sacre d'un roi de France à Reims, l'enterrement d'un duc de Lorraine à Nancy".

- Maman! maman, c'est une église ou une cathédrale? Une des petites têtes blondes fixait sa mère avec attention, et celle-ci bien embêtée, allait rembarrer son enfant quand une voix se fit entendre:

- C'est une église, mon jeune ami, qui fut construite sur l'emplacement d'une église dédié au premier évêque de Toul, Saint-Epvre. Une cathédrale, c'est une église où siége l'évêque. Et c'est en 1777 que le pape Pie VI constitua l'évêché de Nancy. Nancy put avoir ainsi sa cathédrale et échapper à l'autorité des évêques de Toul.

Celui qui venait de s'exprimer en Français, avait un fort accent anglais.

- Je vous remercie monsieur, je crois que je n'aurais pas su répondre, fit humblement la mère, vous êtes en vacances à Nancy?

- J' essaye de joindre l' utile à l'agréable, comme vous dites en France. Je suis étudiant au technopôle de Nancy-Brabois, et je profite de mon temps libre pour découvrir la ville. Pour en finir avec la cathédrale, fit-il en s'adressant aux enfants, demandez à votre maman de vous y emmener. Vous y découvrirez des trésors...

- Oh oui! maman... on y va ... on y va ... y'a des trésors... on va chercher les trésors...

Les enfants étaient tout excités, quand l'étudiant continua:

- ... mais laissez moi donc finir, fit-il amusé, les trésors dont je parle sont exposés, et ce sont des trésors de connaissance que vous allez trouver et emporter avec vous.

Déçus, les enfants se mirent à bouder celui qui quelques instants plus tôt les avait fait rêver.

Quoiqu'il en soit, je sais qu'un jour ils viendront visiter ma cathédrale et ses raretés: l'Evangiliaire, orné de pierres précieuses, renfermant un manuscrit carolingien, l'anneau de Saint Mansuy, un peigne liturgique en ivoire sculptée du Xème siècle, une croix pastorale ayant appartenu à Saint François de Sales. Il y aussi cette statue de la Vierge "de Bonne-Nouvelle", du XIVème, devant laquelle une sourde-muette, retrouvant l'ouïe, entendit une voix prédire la victoire du duc Antoine sur les Rustauds. La coupole représente "Une Gloire éclairée par les rayonnements de l'Esprit-Saint" , fresque réalisée par un peintre bien de chez moi, Claude Jacquart. Et finalement, les orgues et ses 3700 tuyaux comptent parmi les plus belles d'Europe.

- Allez les enfants, cette fois on rentre.

La mère se tourna vers le jeune homme, le remercia, et accompagné de sa bande se dirigea vers la place Carnot.

Notre étudiant hésita quelques instants entre une visite du Musée Lorrain, voisin de l'église saint Epvre, ou flâner dans les rues de la vieille ville.

A vrai dire, je me suis toujours sentie une vocation de pédagogue, et pour ceux qui voudrait tout connaître sur la Lorraine, je retrace, dans ce musée, son histoire: du paléolithique à la première guerre mondiale.

Mais notre ami anglais se sentait l'âme d'un badaud, et décida de errer au fil des rues, à la rencontre de mon passé.

Rue des Loups, il resta longuement devant la maison du Grand Louvetier, l'ancien Hôtel de Curel, dont l'entrée est surplombée par deux grand loups.

Sous l'effet du soleil, des vagues de chaleur montant du sol brouillèrent sa vue un instant. Il fut pris d'un léger vertige, et paradoxalement se mit à trembler saisi par un froid soudain.

Au lointain des loups se mirent à hurler...

Nous sommes le 5 janvier 1477. Hier, Charles le Téméraire a livré son dernier combat. Le Bourguignon voulait faire de moi, la capitale de ses états. Il possédait la Bourgogne et les Flandres, et avait décidé un beau jour d'annexer le Duché de Lorraine qui séparait ses territoires. Mais ce 4 janvier, la défaite fut au rendez-vous avec le masque de la mort pour le Duc ambitieux.

Les loups firent festin de son corps que l'on retrouva, entièrement nu, pris dans la glace de l'étang Saint-Jean. - Vous ne vous sentez pas bien?

Cette voix, issue du brouillard qui masquait sa vue, ramena notre jeune étudiant à la réalité.

- Les loups... vous avez entendu... les loups... fit-il hébété

La jeune fille le regarda bizarrement.

- Les loups!... quels loups?

Sa tête se leva vers les deux grands loups statufiés au dessus d'eux, puis revint vers le jeune homme qui reprenait ses sens.

- Excusez-moi, fit-il, rougissant, je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé. C'était très étrange, il faisait froid... c'était l'hiver et...

- A mon avis , vous avez attrapé un bon coup de soleil sur la tête. Il se fait tard, je dois partir... j'ai un rendez-vous... Ca va aller?... je peux vous laisser?...

- Oui! Oui, ça va aller, merci... Il la regarda et fut pris d'un grand trouble face à la beauté de la jeune fille. De quel côté allez-vous?

Elle sourit.

- A la Porte de la Craffe.

- Je peux faire un bout de chemin avec vous? demanda-t-il rougissant de nouveau.

Elle hésita quelques secondes:

- Si vous voulez.

Ils flânèrent dans les rues de mes débuts, parlant de tout et de rien comme s'ils se connaissaient depuis toujours, s'arrêtant de-ci, de-là, admirant l'Hôtel de Haussonville, le Palais Ducal d'où le duc Antoine, fils de René II, sur son cheval fougueux salue ceux qui viennent le voir. La nuit jeta tranquillement son manteau sombre, poussant sans vergogne le jour sous d'autres cieux, et ils arrivèrent Porte de la Craffe.

Cette dernière me protége depuis le XIVème siècle, avec ses deux tours jumelles, sa porte en ogive surmontée de la petite vierge Noire, et ses créneaux verticaux que l'on appelle mâchicoulis.

Nos deux jeunes gens attendaient tranquillement à la fraîcheur de la voûte sombre et sonore, quand arriva ce fils qui m'avait reconnu ce matin.

Je me savais pleine de malice, mais le destin parfois nous joue des tours auxquels l'on ne peut s'attendre.

La jeune fille sauta au cou du nouveau venu, provoquant une gêne certaine à notre ami anglais. Elle s'en aperçut immédiatement , partant dans un éclat de rire qui roula sous la voûte, attisant le malaise du pauvre jeune homme.

- Je te présente mon frère, lui fit-elle, que je n'ai pas vu depuis prés de cinq ans.

Tous trois reprirent en chœur le rire entamé par la jolie déesse.

Ils s'en allèrent bras dessus, bras dessous, décidés à me visiter dans mon habit de lumière après un bon dîner et retrouver quelques secrets que je ne manquerais de leur révéler.

Alors, laissez-moi le mot de la "faim", ensuite si le cœur vous en dit, nous pourrions les accompagner, profitant de cet instant de grâce, vous et moi.

Mon visage de nuit s'effacera doucement, emporté par le désir d'un jour nouveau et, rentrant chez vous, la tête remplie de rêves pour vos songes, vous vous direz:

" Aujourd'hui, j'ai rencontré NANCY ÉMOI".

Franck-Luc DANCELME

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Dernière mise à jour  / Last update : 07/01/2010 23:25:33