Il est des rencontres dans la vie qui modifient le sens même de celle-ci, notre devenir, notre comportement, voire notre destinée.
Ces rencontres ont un tel impact sur notre vie qu’il nous faut, parfois, plusieurs années pour en réaliser l’importance.
Pourtant, il y a ceux qui ne voudront jamais reconnaître cet état de fait, par trop irrationnel pour eux, ceux qui en feront des éloges dithyrambiques, certains d’avoir vécu un événement extraordinaire, et puis ceux qui l’acceptent comme une réalité de la vie, conscients que celle-ci est une suite de rencontres et d’opportunités destinées à nous faire avancer et nous permettre de se révéler à nous-même.
Tout cela pour dire qu’une rencontre fut déterminante dans ma vie, et un véritable détonateur de ce qui germait déjà au fond de moi. A l’époque j’avais vingt-neuf ans et l’irrésistible désir d’exprimer mes envies créatives, mes délires mégalomanes et le besoin de faire rêver autrui. Je m’étais essayé à plusieurs modes d’expression artistique, mais aucun ne me satisfaisait vraiment, aucun ne me donnait ce sentiment de liberté créative que j’allais découvrir au travers cette rencontre faite en 1979, date à laquelle je fis la connaissance de deux êtres hors du commun qui manipulaient l’image et le son, l’émotion et la provocation comme personne.

Spectacle marquant les 40 ans de la Libération Hôtel de Ville de Paris + Spectacle inaugural d'Evry Ville nouvelle + Spectacle pour l'Unesco, à Belgrade ex-Yougoslavie
Il y a plus de vingt ans
HOLD-UP
inventait l’événement
Le nom de leur société était déjà en soi représentatif : “HOLD-UP”, domiciliée 4, rue de Braque à Paris 4ème.
Sans les avoir jamais rencontré, j’avais entendu parlé d’eux par amis interposés qui me les décrivaient comme une «bande d’allumés», de «fous géniaux», dont les chefs de bande étaient Max et Catherine.
En août 1979, un ami m’appelle me demandant de prêter quelques disques à Max qui préparait un spectacle pour la clôture de la Conférence Mondiale de l’Unesco qui devait avoir lieu à Belgrade, en ex-Yougoslavie. Collectionneur de disques acharné, je possédais à l’époque plus de cinq mille 33t. Un grand nombre de ceux-ci étaient quasi-introuvables en France, et la musique que Max voulait pour son spectacle, il l’avait entendu sur une cassette que j’avais enregistré pour cet ami :
«Non Fabien! Je ne prête mes disques à personne. Par contre si Max le veut, je viens chez lui avec quelques disques, nous les enregistrons ensemble et je repars avec.».
Quelques minutes après avoir raccroché, une nouvelle sonnerie de téléphone se fait entendre. Je décroche. Une voix grave avec un fort accent (Polonais l’accent) me dit :
«Allô mec! Y parait que tu veux pas prêter tes disques?...»
Ce fut mon premier contact avec Max et HOLD-UP. Le lendemain je me rendis rue de Braque pour y passer deux ou trois heures, le temps d’y enregistrer les disques destinés au spectacle UNESCO. Je me retrouvais dans un lieu absolument incroyable, un loft sur trois étages où se mêlaient techniques et laboratoires de création, studio et lieu de vie. A la fin de l’après-midi, d’un commun accord avec Max, je me trouvais responsable de la bande son pour ce spectacle et les quelques heures que je devais passer chez lui se transformèrent en trois ans.
Trois ans au cours desquels je fus en contact permanent avec la démesure et la créativité.

Spectacle sur le Panthéon en 1979 + Place de la Concorde, lors du concert de Jean-Michel Jarre, le 14 juillet 1979 + Projection sur un building à Nancy

| HOLD-UP, c’était avant tout Max et Catherine. | 
|
Max et Catherine étaient les inventeurs de ce que l’on appelle aujourd’hui l’événementiel. Max détourna l’utilisation d’un projecteur d’images, fabriqué en Autriche par la société Ludwig PANI (du nom de son inventeur), et destiné à la réalisation de décors pour le théâtre et l’opéra. La volonté de Max, artiste-photographe, était de porter dans la rue les images que Catherine créait. Il n’y avait pas de limite à la folie visuelle et sonore de Max et Catherine. HOLD-UP faisait rêver, impressionnait, ouvrait le champ à de nouveaux phantasmes visuels : écran de 1000m² en tôle ondulée pour les 24 Heures du Mans, projections géantes sur les façades d’Evry Ville nouvelle, du Panthéon ou de l’Hôtel de Ville de Paris, show de 360° sur l’espace Niemeyer au Havre, délire musical et visuel pour le Festival Berlioz à Lyon, vision fantastique qui anthropomorphise la montagne pour le Festival d’Avoriaz, écran suspendu au dessus de la mer en Jamaïque pour une Convention Philips, projections Place de la Concorde pour le premier show Jean-Michel Jarre, etc. La liste des exploits de HOLD-UP est bien trop longue pour pouvoir l’énumérer sur une seule page.
Au cours d’un voyage aux États-Unis, Max découvrit des projecteurs au Xénon qui avaient pour nom “Sky-Trackers” (traceurs du ciel) qu’il ramena en France. Il invita des chefs d’entreprises au Trocadéro pour une démonstration, ce qui déclencha une série de coups de téléphone de personnes persuadées d’avoir vu des Ovnis.
Je me souviens aussi de la «Féerie Haussmann» qui fut décrétée «plus belle illumination de Noël d’Europe»: 10.000 étoiles accrochées sur un filet à 10 mètres au dessus du boulevard, 20 boules «disco» géantes de 2,30 mètres de diamètre, des projections d’images, du laser, des “Sky-Trackers” sur les toits des Galeries Lafayette et du Printemps et qui fut réalisée trois années consécutives. Trois années au cours desquelles je me suis retrouvé près d’un mois par an sur le boulevard, dans une bulle transparente, à jouer avec les sons et les émotions. Erik Satie mixé à des chants d’oiseaux faisait lever la tête aux passants qui cherchaient désespérément dans les arbres et les étoiles la myriade d’oiseaux chanteurs. Plus tard dans la journée, aux heures de pointes, je passais tantôt le départ des vingt-quatre heures du Mans, tantôt le bruit sourd d’un jet supersonique qui semblait faire du rase-mottes sur le boulevard, tout cela sous l’oreille attentive et le regard bienveillant de Max, provocateur devant l’Éternel.
Il m’apparaît essentiel aujourd’hui de rendre hommage à Max et Catherine, qui ont ouvert la voie à tous ceux qui aujourd’hui revendiquent la paternité de l’événement et du spectaculaire.


Projection, depuis un camion, sur les façades des Champs-Élysées pour le nouvel an + Projection sur les quais de scène et Notre-Dame, à partir d'un bateau-mouche
+ Féerie Haussmann, animation de Noël créée et réalisée en 1979, 1980 et 1981, sur 1 km de boulevard pour laquelle les Galeries Lafayette et le Printemps se sont associés
Chez HOLD-UP
émotion rimait
avec provocation.
Sans HOLD-UP, sans Max, sans Catherine, l’événement ne serait pas ce qu’il est de nos jours.
Catherine nous a quitté un quinze août au début des années quatre-vingt. Max vit aux États-Unis depuis plusieurs années.
Dans ma mémoire ils sont présents au quotidien, car sans eux je ne ferais certainement pas ce métier.
Après trois années de collaboration avec HOLD-UP, de 1979 à 1982, je décidais de créer ma propre société, et réaliser mes propres phantasmes, écrire des textes, créer des images, manipuler les sons. C’est ainsi qu’ERE FORCE est née en 1983, puis KD Production en 1988.
Mais tout cela est une autre histoire...
Franck-Luc DANCELME